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La romancière sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature en 1991 et militante contre l'apartheid, est décédée, dimanche 13 juillet, à l'âge de 90 ans.

La romancière sud-africaine Nadine Gordimer, prix Nobel de littérature en 1991 et militante contre l'apartheid, est décédée, dimanche 13 juillet, à l'âge de 90 ans. Elle a passé sa vie à combattre le régime de ségrégation raciale sud-africain dans ses livres, mais aussi dans ses prises de position politique. Nadine Gordimer est l’auteure de quinze romans et de nombreux recueils de nouvelles, dont certains ont été interdits sous l’apartheid.

Écrivaine emblématique de la lutte anti-apartheid, Nadine Gordimer n'a jamais séparé militantisme et littérature. « La poésie est à la fois une cachette et un haut-parleur », écrivait-elle. Dès ses premiers textes dans les années 50, elle propose une description minutieuse et implacable du régime de ségrégation raciale sud-africain, en place jusqu'en 1994.

Des héros de la lutte anti-apartheid, comme Nelson Mandela, raconteront plus tard le rôle des romans de Nadine Gordimer dans leur combat politique. C’est aussi le cas de Denis Goldberg : « Elle n'a pas joué un rôle politique direct. Son rôle, c'était d'utiliser la littérature pour exprimer la nature d'un système raciste, par ses lois, et pour montrer quels étaient ses effets sur les gens, d'un point de vue humain. Elle a montré qu'un tel système déshumanise les gens, pas seulement les opprimés, mais aussi les oppresseurs. Et c'était un message très fort, sur la nécessité d'un changement », explique le co-accusé de Nelson Mandela lors du procès de Rivonia en 1963.

Son engagement se manifeste aussi très directement aux côtés des membres de l'ANC, le Congrès national africain. En 1986, elle témoigne pendant un procès, et contribue à sauver la vie de 22 militants accusés de trahison. Un combat qu’elle vit comme quelque chose d’évident, comme elle le confiait sur les antennes de RFI en 1992 : « Depuis que je suis adulte, j’ai senti que j’avais des responsabilités envers la société. Je pense que personne où que ce soit ne peut vivre sans se sentir concerné par la manière dont le pays est conduit, pas l’existence ou l’absence de justice et je ne crois pas que l’Afrique du Sud soit un cas à part. En revanche, elle l’est dans le sens où les divisions sociales, l’injustice et le racisme ont été extrêmement forts. Donc, en tant qu’être humain, j’ai ressenti la nécessité d’agir politiquement contre cela. »

Une vie d’engagements

Après l'apartheid, Nadine Gordimer n'a jamais cessé d'embrasser la cause des délaissés quels qu'ils soient. « Je n'écrirai jamais de livre de propagande », avait-elle prévenu. Fille d'immigré juif d'Europe centrale, elle dénonce à plusieurs reprises le sort des étrangers en Afrique du Sud, mais aussi le développement de la corruption au sein du pays ou les lois liberticides prises contre la presse.

Jusqu'à la fin de sa vie, elle va aussi régulièrement se rendre dans les townships, soutenant l'émergence de nouveaux écrivains capables de raconter les souffrances de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui. « C'est cela écrire, disait-elle, élargir le champ de la conscience en agissant sur la perception même des choses. »

Elle laisse une œuvre conséquente avec plus de quinze romans et de nombreuses nouvelles. Des ouvrages où le réalisme domine. Dans ses livres, elle a fait une description minutieuse du système ségrégationniste, une description « chirurgicale » même, selon son traducteur et ami Georges Lory : « Elle avait une faculté remarquable à décortiquer les situations et à les rendre vivantes. Elle restera comme une personne qui a su décrire exactement l’apartheid et la société sud-africaine après cette période toujours avec son esprit critique en mettant le doigt là où ça fait mal. »

Nadine Gordimer reste un modèle pour les jeunes générations. Elle laisse derrière elle « l’héritage d’une absence complète de compromission avec le pouvoir, qu’elle assimilait avec le pouvoir nazi », ajoute Georges Lory.

« Je ne peux pas mesurer le poids de la littérature, ou le poids d'un artiste en particulier. Mais je sais que c'est important, si vous voulez changer la société, vous devez changer la façon de penser des gens. Et le rôle de l'art, de la littérature, de la musique, de la danse, et de tous les moyens d'expression, est important pour entraîner de nouveaux comportements. Elle n'a pas fait que critiquer l'ancien système, elle a ouvert la voie à quelque chose de nouveau. Et pour moi, c'était important », confirme Denis Goldberg.

Nombreux hommages en Afrique du Sud

En 1991, elle avait reçu le prestigieux prix Nobel de littérature « pour la magnifique œuvre épique d’un très grand intérêt pour l’humanité ». Une récompense qu’elle a dédiée « à tous les Africains ». Sa mort soulève une vive émotion en Afrique du Sud.
Les plus grands responsables sud-africains, à commencer par le président Jacob Zuma, ont salué une plume qui s’est toujours dressée contre le régime de l’apartheid.

Le Congrès national africain (ANC) a rendu hommage à une « géante de la littérature », et rappelé son engagement au sein de l’ANC, qu’elle avait rejoint dans la clandestinité. Quant au Parlement sud-africain, il fait part de « sa tristesse », et souhaite que « les générations futures » continuent de lire les textes de Nadine Gordimer, qui n’a cessé de décrire avec lucidité la société sud-africaine.

La fondation Nelson Mandela évoque l’amitié qui liait l’auteur et l’ancien président sud-africain. Mandela avait été touché par les livres de Nadine Gordimer, qu’il avait lus en captivité. Il disait avoir beaucoup appris sur « la sensibilité des Blancs libéraux » grâce à elle. « Sa voix nous manquera, regrette également la fondation de l’ancien président Frederik De Klerk, mais son héritage restera pour toujours parmi nous ».

Tag(s) : #Culture

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