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L’odyssée d’Avi Bari, Guinéen et premier clandestin devenu officier de l'armée israélienne.

Arrivé illégalement de Guinée en Israël en 2005, Avi Bari a surmonté tous les obstacles qui se dressaient sur son parcours jusqu’à devenir officier de Tsahal (armée israélienne). Il nous raconte son périple qui le mènera successivement au Maroc, dans le désert du Sinaï égyptien, à Tel Aviv et enfin sous les drapeaux de Tsahal, après un bref passage par la case prison.

C’est dans un café situé près de la base de Tsrifin que nous rencontrons le Sous-lieutenant Avi Bari. Le jeune homme, posé et serein, est venu nous raconter en français l’histoire hors du commun qui l’a mené à revêtir l’uniforme vert olive de Tsahal. Ce futur officier loquace de 21 ans se prête au jeu et fait montre d’une grande aisance dans l’exercice de questions-réponses qui lui est proposé. Et pour cause : Avi Bari, connu sous le nom d’Ibrahima par ses proches restés en Guinée, jouit déjà d’une certaine notoriété qu’il doit à son statut de “premier immigré clandestin devenu officier de Tsahal”. A deux jours de la cérémonie officielle où il recevra le grade d’officier, nous revenons sur son parcours.

Né en février 1990 à Labé en Guinée Conakry de parents musulmans, orphelin très jeune et adopté à l’âge de 11 ans par son oncle, rien ne présageait du destin qui lui était réservé. Et pourtant, à l’âge de 15 ans, armé de sa seule volonté de “vivre une vie meilleure”, il décide de parcourir les 5500 kilomètres qui séparent sa Guinée natale d’Israël, son pays d’adoption. C’est le début d’un long périple qui le mènera successivement au Maroc, dans le désert du Sinaï égyptien, à Tel Aviv et enfin sous les drapeaux de Tsahal, après un bref passage par la case prison.

La traversée du désert : à la poursuite de la bonne étoile

C’est en 2005 qu’Avi décide de quitter la Guinée, en groupe. “En Afrique, il n’y a pas de travail. J’ai décidé de changer de vie et d’aller dans un autre pays”, déclare-t-il le plus simplement du monde pour justifier sa décision. Après une courte escale au Maroc, il rejoint la capitale égyptienne du Caire où il passe quelques jours avant de gagner le désert du Sinaï en voiture. Il attend alors avec le reste du groupe le moment opportun pour franchir illégalement la frontière israélienne.

On ressent de l’amertume lorsqu’il évoque son passage dans le désert ocre et rocheux. “Je me souviens très bien du désert. On était dans une tente, deux garçons de 15 ans montaient la garde. Il était interdit de se lever la journée. On nous faisait parvenir des tomates, du thon, du riz, de l’eau mais qu’il fallait filtrer car elle était remplie de vers de terre. Je n’oublierai jamais cet épisode.”

“L’attente a été très longue”, continue-t-il. “A un moment, j’ai commencé à paniquer, à croire qu’on m’avait vendu.” Mais le jour tant attendu du passage de la frontière finit par arriver. “Les passeurs nous ont entassés comme des sardines dans une voiture. Une fois arrivés à la frontière israélienne, nous sommes descendus et nous nous sommes mis à courir. Des taxis israéliens nous attendaient de l’autre côté, qui nous ont conduit directement à Tel Aviv.”

Premières impressions et premiers pas en Israël

Dès son arrivée dans la ville blanche, il noue contact avec d’autres immigrés clandestins qui le renseignent sur ce pays qui lui est inconnu et l’aident à entreprendre les démarches pour acquérir le statut de réfugié politique – statut qui lui sera refusé en raison de l’absence de conflit armé en Guinée.

“Au début, j’étais un peu en état de choc. J’avais 700 dollars en poche, je ne parlais pas la langue et c’était la première fois que je voyais autant de personnes blanches de peau dans un pays”, se souvient-il. Il parvient toutefois à intégrer l’école de Beit Shanti qui se spécialise dans l’éducation des immigrés clandestins mineurs et des enfants israéliens en difficulté.

Pendant 18 mois à l’issue desquels il obtient l’équivalent du baccalauréat israélien, il étudie l’agriculture en français et cherche en parallèle à obtenir un visa de travail. Il essuie un nouveau refus parce qu’il est mineur à l’époque, et que le travail des enfants est illégal en Israël. Entre temps, il se lie d’amitié avec Abraham, l’un des professeurs bénévoles de l’école, qui deviendra un personnage clé dans son parcours. En effet, c’est Abraham, un francophone d’origine algérienne, qui l’aidera à sortir de la prison dans laquelle il séjourne pendant un mois à l’issue de ses études, en lui trouvant une famille d’accueil à Tel Aviv en mars 2007.

La vie à l’israélienne et l’armée comme catalyseur de l’intégration

C’est encore lui qui l’aidera à faire toutes les démarches pour acquérir la nationalité israélienne. En 2008, il est adopté officiellement par une seconde famille israélienne du nord du pays et remplit enfin toutes les conditions nécessaires à l’obtention de la nationalité israélienne. Il légalise sa situation à la fin de la même année. “Avec ma famille, on fait les fêtes juives et le kiddouche le vendredi soir. Aujourd’hui, je pense en hébreu, je mange israélien, je suis habitué au rythme de vie et aux fêtes. Je me sens à 90% israélien. Cela a pris du temps”, témoigne-t-il.

Pour comprendre comment le déclic s’est opéré, il faut remonter à ses débuts au sein de Tsahal en octobre 2009. Dès le départ, l’armée perçoit en Avi un jeune homme au potentiel élevé. Il se voit proposer d’occuper un rôle d’officier chargé de gérer les problématiques de ressources humaines, mais il préfère celui de chauffeur de camion. Cependant, après avoir été déclaré inapte à la conduite pour raisons de santé, il décide finalement de saisir l’offre de l’armée.

“C’est à l’armée que j’ai commencé à me sentir israélien. J’y ai appris la culture et l’histoire d’Israël. On nous a organisé des excursions, à Massada et dans d’autres endroits, et cela m’a fait aimer le pays. A l’armée, je me suis fait des amis pour la vie”, explique-t-il. “Pendant ma période de classes, j’ai juré que je protégerai ce pays. Je ferais tout pour défendre Israël, ma vie est ici”, nous confie-t-il. La conversion ne fait pas partie de ses projets, il se définit comme athée.

La question de la discrimination et du racisme

Lorsque l’on aborde la question du racisme, Avi assure qu’il n’en a été victime qu’à une seule reprise. « On m’a souvent dit qu’il fallait être Juif pour réussir en Israël, mais personnellement je ne l’ai pas ressenti. La première fois que l’on m’a traité de kouchi (nègre en hébreu), c’était pendant ma formation d’officier. Cela m’a touché parce que je me sens ici comme tout le monde, membre d’une grande famille. Je me suis plaint à mes commandants qui ont immédiatement réglé le problème. Cela m’a fait chaud au cœur. »

Des préjugés, il en existe dans l’autre sens également. Il admet que jusqu’à son immersion dans la société israélienne, il croyait « qu’être Juif, c’était être un inventeur, comme Einstein. J’ai compris par la suite que le Judaïsme était une religion ».

Aujourd’hui, il endosse et assume le rôle de vecteur entre deux peuples. Il raconte sa nouvelle vie à sa famille restée en Guinée, et à qui il souhaite rendre visite dès la fin de son service militaire. Et l’avenir ? « Je veux faire de la diplomatie, travailler à la relation entre la Guinée et Israël. Il n’existe pas de relations diplomatiques entre les deux pays. Je veux être le premier à faire cela ». Le premier, une fois de plus.

Guinea arrived illegally in Israel in 2005, Avi Bari overcame all obstacles that stood in its path to become IDF officer (IDF). He tells us about his journey that will take him successively in Morocco, in the Egyptian Sinai desert, Tel Aviv and finally under the flags of the IDF, after a brief stint in the jail cell.
It was in a cafe near the base Tsrifin we meet Second Lieutenant Avi Bari. The young man asked, serene, came to tell us in French history extraordinary that led him to wear the uniform olive green IDF. This future talkative officer of 21 years is ready to play and demonstrated great ease in the exercise of questions and answers offered to him. And for good reason: Avi Bari, known as Ibrahima by his relatives in Guinea, already has some fame he owes his status of "illegal immigrant became the first IDF officer." Two days before the official ceremony where he will receive the rank of officer, we return to the route.
Born in February 1990 in Labe in Guinea Conakry to Muslim parents, very young orphan and adopted at the age of 11 years by his uncle, nothing presaged the fate that awaited him. And yet, at the age of 15, armed only with his will to "live a better life", he decided to travel the 5,500 kilometers between his native Guinea Israel his adopted country. This is the beginning of a long journey that will take him successively in Morocco, in the Egyptian Sinai desert, Tel Aviv and finally under the flags of the IDF, after a brief stint in the jail cell.

Crossing the desert in pursuit of the good star

In 2005, Avi decided to leave Guinea in group. "In Africa, there is no work. I decided to change my life and go to another country, "he says simply of the world to justify its decision. After a short stop in Morocco, he joined the Egyptian capital Cairo, where he spent a few days before winning the Sinai desert by car. It then waits with the rest of the timing group to illegally cross the Israeli border.
We feel bitterness when he talks his way into the ocher and rocky desert. "I remember very well the desert. We were in a tent, two 15 year old boys stood guard. It was forbidden to get up the day. It sent us tomatoes, tuna, rice, water filter, but it was necessary because it was full of worms. I will never forget this episode. "
"The wait was very long," he continues. "At one point, I started to panic, believing that they had sold me." But the long-awaited day of border crossing finally arrived. "The smugglers crammed us in like sardines in a car. Once at the Israeli border, we went down and we started running. Israeli taxi waiting for us on the other side, which leads directly to Tel Aviv. "

First impressions and first steps in Israel

Upon his arrival in the White City, he formed contacts with other illegal immigrants that inform it on this country that is unknown to him and help him to take steps to acquire the status of political refugee - status will be denied due the absence of armed conflict in Guinea.

"At first I was a bit shocked. I had $ 700 in my pocket, I did not speak the language and it was the first time I saw many white skin people in a country, "he recalls. However, it manages to integrate the school in Beit Shanti who specializes in education of minors illegal immigrants and Israeli children in need.

For 18 months after which it gets the equivalent of Israeli high school he studied agriculture in French and looking in parallel to obtain a work visa. He wipes another refusal because he is a minor at the time, and that child labor is illegal in Israel. Meanwhile, he became friends with Abraham, one of the volunteer teachers from the school, which will become a key figure in his career. Indeed, it is Abraham, a French of Algerian origin, who will help out of the prison in which he stayed for a month at the end of his studies, by finding a host family in Tel Aviv in March 2007.

Life in the Israeli army and as a catalyst for integration

It is he who will help make every effort to acquire Israeli citizenship. In 2008, he was officially adopted by a second Israeli family in the north and finally fulfills all the conditions for obtaining Israeli citizenship. It legalizes his situation at the end of the same year. "With my family, it is the Jewish holidays and kiddush on Friday night. Today, I think in Hebrew, Israel I eat, I'm used to the rhythm of life and celebrations. I feel 90% Israeli. It took time, "he reflects.

To understand how the click took place, it must go back to its beginnings in the IDF in October 2009. From the outset, the army perceives Avi a young man with great potential. It is offered to occupy an officer's role to manage human resources issues, but prefers the truck driver. However, having been declared unfit to drive due to health reasons, he finally decides to take the offer of the army.
"This is the army that I began to feel Israeli. I learned the culture and history of Israel. We arranged tours to Masada and other places, and it made me love the country. In the army, I made friends for life, "he says. "During my period of classes, I vowed that I will protect this country. I would do anything to defend Israel, my life is here, "we he says. The conversion is not part of his plans, he defines himself as an atheist.

The issue of discrimination and racism

When addressing the issue of racism, Avi ensures that it has been a victim only once. "It is often said that he had to be a Jew in Israel to succeed, but personally I have not felt. The first time you called me kouchi (Hebrew negro), it was during my officer training. It touched me because I feel like everyone here, a member of a large family. I complained to my commanders immediately fixed the problem. This made me heart-warming. »

Prejudices exist in the other direction as well. He admits to his immersion in Israeli society, he believed "that being Jewish was to be an inventor, like Einstein. I realized later that Judaism was a religion. "

Today he endorses and acts as the vector between the two peoples. He tells his new life to his family in Guinea, and to whom he wishes to visit at the end of his military service. And the future "I want to make diplomacy work on the relationship between Guinea and Israel. There are no diplomatic relations between the two countries. I want to be the first to do this. " The first, once more.

Source: http://www.afriqueconnection.com

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